Bulletin trimestriel

Juin 2024

Les chemins du patrimoine

22, rue de l’Hôtel de ville 83560 Saint-Julien Directrice de publication :

Raymonde Pons

Racines

Répertorier, aider à entretenir, valoriser et faire connaître

le patrimoine de la commune de St-Julien le Montagnier

site : www.lescheminsdupatrimoine.fr



Séances de scans à la mairie le 20 avril

EDITO de la présidente

L’été sera chaud ! Et le mois d’août mémoriel !

Rendez-vous fin août pour marquer les 80 ans du Débarquement en Provence, avec une exposition et la projection d’un film.

Pourquoi ce travail de mémoire ?

Parce que la mémoire de la guerre fait partie de notre patrimoine.

Pour se souvenir des victimes,

par compassion pour leurs souffrances. Pour rendre hommage aux héros et les donner en exemple. Plus largement pour comprendre ce qui s’est passé.

Mais pas d’espoir que l’on en tire les leçons de l’Histoire, puisque périodiquement, et partout sur terre, les hommes recommencent les mêmes erreurs.

Merci aux employés municipaux qui ont, dans un temps record, effacé les tags, nettoyé les bassins, changé des tuiles, posé une poutre horizontale et rangé la noria pour que nous puissions faire notre bugade dans un lavoir tout beau !

Profitons vite d’un bel été et à bientôt !


Les Journées Européennes du Patrimoine auront lieu les 20, 21 et 22 septembre 2024 sur les thèmes "Patrimoine des itinéraires, des réseaux et des connexions"

P2 : nos activités printanières P3 : promenades-découvertes P4 : conférence sur J. Daret P5 à P9 : la 2ème GM

P10 et 11 : Ataïé lou Verdoun P12 : Brèves loto patrimoine

Sortie ethnobotanique pour la Fête de la Nature : Joêl Nicolas en pleine explication (p3)


Vous trouverez bien, cet été, un moment pour aller au musée Granet à Aix, voir l’exposition qui présente un tableau de notre église (p4)


LES 80 ANS DU DEBARQUEMENT EN PROVENCE ET LA 2èmeGM

e

Depuis mars, nous avons réalisé ce qui était prévu : scanner les documents appartenant à nos membres, réaliser deux séances publiques de scans, salle du conseil municipal les 6 et 20 avril, commencer à consulter les archives municipales (fait le 15 juin). Et procéder à certaines interviews.

Nous nous sommes engagés à consacrer au moins 4 pages de Racines à ce thème toute une année, et voici le deuxième numéro.

C’est avec fierté que nous avons reçu, de la Préfecture du Var, l’autorisation d’utiliser le logo officiel du Débarquement.

Enfin, l’association Ginapatrimoine, nous a fourni un article précieux sur la Résistance à Ginasservis. C’est le début d’une collaboration que nous espérons longue et fructueuse.

Fin août, une manifestation aura lieu, en principe en même temps que celle envisagée par la commune, avec, pour ce qui nous concerne, une exposition et la projection d’un film sur le débarquement en Provence.

Les documents scannés ou rassemblés, seront publiés dans un recueil.


Journées Patrimoine de juin

HISTOIRES D’EAU A SAINT-JUILIEN

22-23 juin

Comme prévu, nous avons utilisé notre travail des années passées, sur le thème, pour le refondre dans une nouvelle exposition. Cela nous a permis, en même temps, de numériser et d’archiver notre travail. Ce fut, quand même, un lourd travail.

Nous y avons ajouté une présentation d’une scène de bugade au lavoir de Saint-Pierre (lavoir des Fontètes) qui nous a fait ressortir les vêtements provençaux et le linge ancien appartenant à notre association. Merci à tous ceux qui nous ont prêté objets, linge et vêtements, pour compléter la scène.

Au même moment, la mairie inaugure le lavoir de Beaucas rénové. Les deux manifestations se rejoignent pour l’explication de la bugade à l’ancienne par France Authier et un apéritif offert par la mairie.

La médiathèque s’est associée à cette manifestation en tenant un atelier dessin pour les enfants samedi matin.

Vous aurez les photos dans le prochain numéro.

Nous faisons appel à tous les lecteurs qui auraient des souvenirs de famille à raconter, des documents, photos ou objets militaires personnels, sur la Seconde Guerre mondiale.

N’hésitez pas à nous contacter sur lcp83560@hotmail.fr, pour enrichir nos archives.

Ne laissez pas passer l’occasion ! Après ce sera trop tard.


Le 18 juin, la FONDATION PATRIMOINE du Var a invité, à Montferrat, les présidents d’associations impliquées dans un projet aidé par cette Fondation, ou pouvant l’être. C’est dans le cadre du projet de restauration de l’église que j’ai été contactée.

La Fondation a d’abord exposé son fonctionnement, son financement, les moyens dont elle dispose pour aider les communes, mais aussi parfois des particuliers, à restaurer le patrimoine, surtout le patrimoine non classé.

J’ai pu poser des questions plus précises sur le système de dons défiscalisés, et faire la connaissance de la personne qui va s’occuper du dossier de l’église.

Ensuite, le groupe s’est déplacé à

la chapelle ND de Beauvoir, où l’histoire de cette chapelle et de son sauvetage ont été expliqués. Un apéritif offert et un pique- nique partagé ont permis des échanges informels entre les associations.

Une bonne formule.

R. Pons

La plaque tombale pour Lucienne Pascal a été confiée à sa fille Nadine Guisset, qui nous a remerciés et envoyé cette photo de la tombe de Lucienne à Brignoles.




e

Le long du circuit : des lavoirs, des fontaines, un pontet, le « Château de Malaurie », le canal et… des bories.

Nous avons constaté, avec tristesse que la chapelle de Boisset n’était plus accessible, et qu’elle avait été en partie démolie

afin d’utiliser les pierres pour construire un mur autour de la propriété, puisque c’est une propriété privée.

Notre sortie ethnobotanique au bord du Verdon et du Malaurie dans le cadre de la Fête de la Nature le 25 mai

Mort d’un patrimoine ! Déjà bien malade depuis longtemps.

En ce début de printemps, c’est entre la chapelle de la Trinité et le hameau de Boisset, que nous avions invité les marcheurs, à la rencontre du patrimoine rural. Accompagnés par François Grison.

Une belle matinée commencée dans la brume, terminée au soleil avec un apéro et un pique-nique, à l’abri de la chapelle.



Une longue promenade, guidée par Joël Nicolas, remontant le cours du Verdon jusqu’au Malaurie, pour un groupe de personnes venues de Ginasservis, Vinon, et, bien sûr, Saint-Julien.

Nous reviendrons, ultérieurement, sur le riche contenu de cette sortie.

A l’issue de cette promenade, retour au CIL, centre de cette Fête de la Nature, organisée par la mairie, où se sont déroulées, toute la journée, des activités pour les grands et les petits.

A l’arrivée, identification des échantillons de végétaux collectés, par Jean-Paul Dauphin du Conservatoire d’Espaces Naturels PACA, avant sa conférence au CIL sur « La place de l’homme sur terre »


P

Jane MAC AVOCK,

spécialiste de Jean Daret, est commissaire

scientifique de l’exposition qui se tiendra au Musée Granet d’Aix-en-Provence à partir du 15 juin 2024.

Le samedi 27 avril, elle nous a fait partager son enthousiasme et son érudition lors d’une conférence passionnante en l’église de Saint-Julien, où un tableau de ce peintre flamand du XVII° siècle a été retrouvé en 2019.


JEAN DARET 1614- 1668

Peintre du roi en Provence Autoportrait


Jean Daret naît à Bruxelles en 1614. Il fait son apprentissage chez le peintre Antoine van Opstal. On le trouve à Paris en 1633 où il rejoint son cousin Pierre Daret, graveur, et fréquente les peintres Simon Vouet et Philippe de Champaigne.

Après un possible voyage à Rome, il s’installe à Aix-en- Provence en 1636 et se marie en 1639 avec Magdelaine Cabassol. Ils auront six enfants, dont deux seront peintres, et vivront dans le quartier Mazarin, où on peut voir leur dernière maison rue Cardinale.

Un dernier séjour à Paris permet à Jean Daret de renflouer ses finances en participant à la décoration du château de Vincennes. Il meurt à Aix en 1668 et est enseveli dans la cathédrale Saint-Sauveur.

Peintre très sollicité et très prolifique, il va alterner les sujets profanes (portraits, scènes mythologiques) et les sujets religieux. Son premier tableau est un autoportrait conservé au musée de l’Ermitage. Citons le

« Joueur de luth » (Musée Granet), « Portrait d’un magistrat », « Diane et Callisto » (musée des Beaux-Arts de Marseille).

Les nombreux sujets religieux répondent aux nombreuses commandes des églises qui utilisent les tableaux comme supports pédagogiques à l’adresse d’une population majoritairement illettrée.


A Aix Jean Daret réalise 22 tableaux pour une chapelle détruite à la révolution, il peint pour le couvent des Récollets et la Cathédrale Saint-Sauveur où l’on peut encore admirer : « la Crucifixion » (1640), « l’Ange Gardien » (1647), « La Cène » (1668).

Son chef d’oeuvre est peut-être le décor en trompe l’oeil de l’escalier de l’hôtel de Chateaurenard (Rue Gaston de Saporta à Aix). Louis XIV séjournant dans cet hôtel en 1660 décernera à Jean Daret le titre de « Peintre du Roi ».


« NOTRE » tableau

En Provence, on trouve les oeuvres de Jean Daret dans les musées d’Aix, Marseille et Nîmes et de nombreuses églises possèdent leur

« Jean Daret » : Apt, Cavaillon, Lambesc, Pertuis, Pignans, Pontevès, Saint-Paul de Vence, Salon, Simiane et… Saint-Julien.

Le tableau "La Trinité Céleste et la Trinité Terrestre » découvert dans l’église en 2019 est daté 164… . Le sujet d’après Jane Mac Avock serait le retour de la Sainte Famille de Jérusalem après que Jésus se soit attardé trois jours pour parler avec les docteurs de la Loi.


Ce tableau est actuellement au CIRCP à Marseille (Centre interdisciplinaire de restauration et de conservation du Patrimoine) où il a été magnifiquement restauré par Marine Victorien.

A voir donc cet été au Musée Granet, avant de le retrouver dans notre église vers la fin de l’année.


Et merci encore à Jane Mac Avock pour cette belle découverte ! Monique Hoynant

La guerre entraine des mouvements de population : les uns partent à la guerre,

certains sont faits prisonniers et restent ainsi longtemps loin de leur village, les autres fuient les villes bombardées et des conditions de vie trop dures. Et dans ces chassés- croisés, des vies se croisent, se nouent, et reconstruisent l’avenir.




A cette époque mon père Gaston Hugou se trouvait prisonnier de guerre en Prusse

orientale (à Koenisberg).

Je ne sais pas grand-chose : mon père parlait peu de cette époque. Il travaillait dans les champs. Il faisait grand froid.

Je me souviens que, dans la ferme où il était, il s’occupait particulièrement des chevaux et des mulets qu'il connaissait parfaitement.

C’est par un soir de février, au plus profond de l’hiver 1940, que ma mère, Jeanne Haudiquet, et sa grand-mère, sont arrivées à St-Julien par le car de Marseille.

Elles venaient s’installer, loin des risques de guerre, aux Pignolets, maison que son frère Maurice avait acquise depuis peu.

Dans la nuit, elles ont cheminé de l’arrêt de bus jusqu’à la maison qu’elles ne connaissaient pas, par un chemin sombre au milieu du bois. Des charbonniers les ont gentiment accueillies et aidées à s’installer dans cette maison noire et froide. Dehors la nature était couverte de neige.

Pendant ces années de guerre, maman a travaillé pour les agriculteurs. L’accueil et l’entraide dans le village étaient réconfortants pour ces citadines.


Libéré en 1942 puis rapatrié, suite à des blessures, il fit plusieurs séjours en hôpitaux avant de revenir à St-Julien


Mon père à l’hôpital


C’est alors que mes parents se rencontrèrent.

Le 11 septembre 1943 entourés par la grande famille Hugou, mes parents se sont mariés au hameau des Guis.

Dans ces temps difficiles préparer une cérémonie n’était pas aisé, mais là encore, les relations amicales ont permis d’organiser une belle fête.


Ils vécurent ensuite plusieurs années aux Pignolets.


Ici ma mère, ma sœur et mon grand- père paternel vers 1947-48.

Hélène Hugou


Avoir 20 ans à Ginasservis en 1944

Alors que s’annoncent les commémorations du 80ème anniversaire du débarquement en Provence, nous vous proposons, ici, de revivre, au travers des récits que nous ont laissés Lucien Villecroze et Yvon Verne, le parcours de deux jeunes hommes à Ginasservis, durant les années 1943-1944.


Lucien Villecroze

Lucien Villecroze né en 1922

Refusant de se soumettre au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire), il se cache avec quelques jeunes autour d’Allemagne-en-Provence où vit sa famille, puis se réfugie à Ginasservis où il est accueilli par des cousins.

Il travaille chez le boucher, Marcel Menut, fils du maire de Ginasservis, Constant Menut.

« J’ai appris à éplucher des oignons pour les boudins, laver les tripes de porc et de moutons, pétrir les saucisses. J’ai appris à désosser la viande ». Il ravitaille aussi son

berger et effectue divers travaux agricoles. « J’y étais très heureux. Chez un boucher il y a une bonne table, j’avais 21 ans, un grand appétit et c’était bon ! ».

Sur la recommandation de ses amis d’Allemagne-en-Provence, il se rapproche d’Eugène Mourou qu’on lui a présenté comme le chef local des F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans). Il devient ami avec son fils, Lucien, qui, bien qu’un peu plus jeune que lui, était « au courant de beaucoup de choses sur la Résistance. Il y avait en plusieurs endroits beaucoup d’armes cachées ».

En leur compagnie, Lucien Villecroze assiste « plusieurs fois le soir à des réunions avec des chefs de la Résistance de Gina, Vinon et Rians, tous étaient F.T.P. ».

Lucien Villecroze passe ainsi « un hiver tranquille, très agréable.

Avec un phono, nous dansions le dimanche dans une remise (…) Les

bals étaient interdits par Vichy, mais pas à Gina ». La boucherie Menut



Eugène Mourou


Yvon Verne et son père Gabriel

Yvon Verne, quant à lui, est né dans une famille communiste.

Son père, Gabriel, est abonné à Rouge Midi, et avec son frère Auguste, milite à la section communiste de Rians et à la C.G.P.T. (Confédération Générale des Paysans Travailleurs). Ils résident dans la Plaine, entre Ginasservis et Rians, à la ferme du Bastidan.

« Mon père aurait aimé que je poursuive mes études (…) Je ne voyais des champs que la liberté, comme un imbécile que j’étais. (…) A cette époque, le travail de la terre n’avait rien de commun avec celui d’aujourd’hui (…) c’était le labour derrière deux ou quatre chevaux (…) et il fallait tenir les mancherons bien fort, surtout en été lorsque la terre était sèche comme le roc ». Il reste donc à travailler à la ferme de son père, et milite à son tour au parti communiste.

Dès septembre 1939, du fait de leur activité politique jugée « suspecte » par les autorités, Auguste et Yvon Verne sont assignés à résidence à Saint- Maximin puis à Saint-Zacharie. Finalement, grâce à l’intervention d’amis, ils peuvent rentrer chez eux début 1940.

Yvon accomplit alors 8 mois de chantier de jeunesse dans la Drôme.

« C’était chaque matin, un kilomètre de course au pas de gymnastique pour aller se débarbouiller dans l’Aygues, même par les plus grands froids, Le salut aux couleurs et des chansons plus idiotes les unes que les autres (…) Au bout de deux mois, j’avais déjà perdu 10 kilos à bouffer des navets et des rutabagas ».

Mais « tout cela ne me guérit pas de ma détestable habitude, et je m’empressai de prendre contact avec la Résistance ». Il distribue des tracts, puis forme des groupes de Milices Patriotiques, intègre les F.T.P. et devient responsable politique du canton pour le mouvement.

Yvon Verne : Les risques d’une mission, les risques d’être trahi.

Durant l’été 1943, des camarades de Vinon informent Yvon Verne qu’ « un déserteur » allemand se cachait depuis quelque temps dans les collines d’Auriol (…) il avait exprimé le désir de rejoindre le maquis.(…) Ils l’avaient su par Gouin, le père du boulanger de Vinon qui était lui aussi boulanger à Auriol ».